"Voix de fin silence", manne et ..... grammaire hébraïque
Extrait tiré du 1er livre des Rois quand Élie, sur le mont Horeb, fait cette expérience saisissante de la présence de Dieu :
« Le Seigneur passait. Un grand vent, violent, arrachait les montagnes et brisait les rochers devant le Seigneur : le Seigneur n'était pas dans le vent. Après le vent, ce fut un tremblement de terre : le Seigneur n'était pas dans le tremblement de terre. Après le tremblement de terre, un feu : le Seigneur n'était pas dans le feu. Enfin, après le feu, un calme, une voix ténue. » (NBS, 1R 19, 11.12).
Si la traduction de la TOB (Traduction œcuménique de la Bible) parle quant à elle d’ « une voix de fin silence. », qu’en est-il dans le texte original en hébreu biblique ?
Cette voix ténue ou de fin silence est exprimée par ces mots :
קוֹל דְּמָמָה דַקָּֽה׃ (qol demama daqqa)
Le mot « voix » correspond au mot קוֹל, le silence à דְּמָמָה.
Reste le terme דַקָָּה, qui qualifie ce silence et qui est l’objet ici de toute notre attention. Ce mot a pour racine les consonnes דקק (dalèt / qoph / qoph), qui expriment l’idée de broyer, de concasser. De là, nous en déduisons que le mot דַּק (le mot דַקָָּה dans ce verset est au féminin, car il qualifie דְּמָמָה, qui est féminin) désigne quelque chose de fin, de concassé.
Nous retrouvons ce terme concernant la manne en Ex 16, 14. La traduction de la Bible du Rabbinat parle pour la qualifier de « quelque chose de menu, de floconneux, fin comme le givre ».
Dieu serait donc dans le silence et, plus encore, dans un fin silence, dans un silence menu, concassé, presque insaisissable.
Quand on sait que le mot « grammaire » en hébreu se dit דִּקְדּוּק (diqdouq), nous constatons par la répétition de cette racine bilitère דק combien elle est doit être raffinée et subtile. Elle demande en effet beaucoup de délicatesse et de finesse afin de nuancer, encore et encore, et de broyer toujours plus menus les mots jusqu’à en faire notre manne quotidienne.
Mais ne pourrait-elle pas être également un des lieux privilégiés où la voix de Dieu se laisse entendre dans le « fin silence » de sa Parole qui, après son concassage par la grammaire, dépose sur notre sol, la nourriture nécessaire pour notre route de chaque jour ?
