Quand Jésus prie le psaume 51
Quand Jésus prie le psaume 51...
Nous savons que Jésus, en tant que juif, lisait et priait les psaumes en hébreu biblique chaque jour. Seulement, comment concevoir qu’il puisse dire : « Lave-moi sans cesse de ma faute et purifie-moi de mon péché. Car je reconnais mes torts, j'ai toujours mon péché devant moi. » (Ps 51.4-5, TOB) ?
L’archimandrite Placide Deseille, moine et théologien orthodoxe, déclarait dans une de ses homélies : « [le Christ] a assumé notre nature humaine pécheresse, sans avoir commis lui-même, bien sûr, le moindre péché. […] Oui, le Christ, dans sa prière, récitait ces Psaumes où il parlait de « son » péché, non pas encore une fois, d’un péché qu’il aurait commis lui-même, mais de ce péché des hommes, de nos péchés à nous qu’il portait véritablement, qu’il assumait, pour nous en libérer. »
Saint Paul disait de même quand il écrivait : « Celui qui n'avait pas connu le péché, il l'a, pour nous, identifié au péché, afin que, par lui, nous devenions justice de Dieu. » (2 Co 5, 21).
Nous sommes bien sûr face à un mystère, qui par définition dépasse notre compréhension humaine. Nous ne pourrons de fait jamais le saisir, et pourtant, en regardant précisément le texte hébraïque dont est tiré ce verset du psaume 51, nous découvrons un élément grammatical qui confirme ce que le père Placide et d’autres théologiens avant lui affirment.
La phrase « purifie-moi de mon péché » se dit en hébreu biblique :
וּֽמֵחַטָּאתִ֥י טַהֲרֵֽנִי׃ (ouméḥaṭṭa’ti ṭaharéni)
L’expression « mon péché » וּֽמֵחַטָּאתִ֥י pourrait être traduite plus littéralement par « le péché de moi ».
Ce décalage est minime. Il est cependant significatif. En effet, les adjectifs possessifs n’existant pas en hébreu biblique, force est de constater qu’il ne s’agit pas ici des péchés appartenant à celui qui parle (« mon péché »), mais des péchés qui sont comme « appuyés » sur tout homme priant ce psaume (« le péché de moi » : substantif à l’état construit + suffixe nominal 1ère singulier).
Jésus, en s’adressant ainsi à son Père dans la prière, évoque donc les péchés des hommes qu’il prend comme un fardeau et qu’il porte, à l’instar de la Croix qu’il soulèvera un peu plus tard.
